CHAPITRE XXV

 

La fin d’une campagne

 

 

1er juillet 1915 – jeudi

 

amputation lemonde fr

...la table d’opération sur laquelle je suis étendu... (lemonde.fr)

 

À 5 h, l’on m’emporte vers la salle d’opérations. Chloroforme. Je me sens comme attiré en arrière dans un trou qui irait s’approfondissant et où disparaîtrait lentement la table d’opération sur laquelle je suis étendu.

 

citation armée 1915

Figure 71 : Dernière citation décernée à Maurice Gabolde[i]

 

 Réveil : midi, dans mon lit. La tête est lourde, la langue pâteuse. J’ai soif et faim. Un infirmier me donne du bouillon, un bout de bouilli froid et du vin dans le fond d’un gigantesque gobelet. Puis, bientôt quelques visites. Le régiment est relevé le soir. Arrivent Petit, le vaguemestre et ce bon Gavelle. On a évacué le commandant qui était comme fou. Geismard est mort, et ce pauvre Dalibon, qui est dans le lit voisin du mien, râle depuis son arrivée. On lui a donné une bouteille de champagne qu’il vide à grand trait. Il se vide de sang lentement, car matelas et palliasse sont traversés. Il meurt, comme la nuit tombe, serrant entre ses dents mon bras que j’avais posé sur son lit et qu’il pinçait de ses mains qui grattaient les draps.

En face, un malheureux blessé au ventre ne cesse de gémir et de rendre tout ce qu’il prend.

Et, par-dessus tout, des mouches atroces qui ne cessent de bourdonner et de piquer dans le baraquement de planches et zinc où nous étouffons avant la bienheureuse évacuation vers l’intérieur du pays.

tente hopital chez-ritou fr

... la terreur des pansements qui vous mettent en eau et en sang d’émotion et de douleur... (chez-ritou.fr)

 

Les jours suivants, même souffrance et même endolorissement avec la terreur des pansements qui vous mettent en eau et en sang d’émotion et de douleur. Enfin, les mouches et la chaleur. Quand sera-t-on évacué ? Les infirmiers sont joyeux. Il va, paraît-il, y avoir des permissions. Vraiment, être blessé quand la vie allait devenir plus douce par cette perspective de la permission, ce n’est pas de chance !

hopital de campagne

... je quitte Haute-Avesnes et son ambulance en plein champ...(pages14-18.mesdiscussions.net)

 

Le 6, je quitte Haute-Avesnes et son ambulance en plein champ qu’ébranlait le bruit des grosses pièces tirant du bois d’Écoivres. En auto, j’arrive à Aubigny où je suis hospitalisé en face de la gare dans des baraquements plus confortables et spacieux. L’ordinaire est meilleur, le lit plus doux, et je peux y trouver un peu de repos.

train hopital le figaro fr

 ....j’étais embarqué à la nuit tombante dans un wagon .... (lefigaro.fr)

 

Enfin, le 8, j’étais embarqué à la nuit tombante dans un wagon qui, parti d’Aubigny à 20 h, me déposait à la gare de triage du Bourget le lendemain, vers 3 h, après de nombreuses stations et ravitaillement à Abbeville, Amiens, Montdidier et Estrée-Saint-Denis. Au Bourget, auto jusqu’à Aubervilliers. Nouveau triage et affectation d’hôpital : hôpital 119 – Pantin, où ma mère se dévoue depuis le début de la campagne. Mais nous sommes plusieurs blessés dans l’auto, ce qui me vaut de traverser Paris pour aller déposer deux camarades blessés au ventre dans un hôpital de Passy. À 5 h, j’étais couché dans un bon lit, à Pantin, avec ma famille auprès de moi.

Cy finit ma campagne !...

infirmieres

Figure 72 : Photo prise par M. Gabolde des infirmières qui le soignèrent[ii]

 

 

 

Maurice Gabolde en convalescence

Figure 73 : Maurice Gabolde durant sa convalescence[iii]

 

 

Extrait du livre « Les carnets du sergent fourrier » :

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=41720

 

 



[i] Figure 71 : Crédit photographique Emmanuel Gabolde

[ii] Figure 72 : Crédit photographique Maurice Gabolde

[iii] Figure 73 : Crédit photographique Maurice Gabolde